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Une entente historique pour les CPE de Montréal–Laval : quand la négociation devient un modèle de collaboration

27 novembre 2025 par
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Un moment charnière dans l’histoire de l’APCPE Montréal-Laval

Depuis leur création, les centres de la petite enfance (CPE) occupent une place essentielle dans le paysage social québécois. Ils offrent un environnement éducatif de qualité aux tout-petits et soutiennent les familles dans leur conciliation travail-famille. 

Mais derrière la mission noble et humaine de ce réseau, une réalité plus complexe s’impose : celle des négociations collectives, souvent longues, tendues et ponctuées de moyens de pression qui fragilisent autant les directions que les travailleuses et les parents.

Un retour sur l’histoire des CPE : un projet de société unique

Les centres de la petite enfance (CPE) sont nés au Québec dans les années 1990, portés par une vision novatrice : offrir à tous les enfants, peu importe le revenu de leurs parents, un service éducatif de qualité à coût abordable. Ils sont rapidement devenus un pilier du modèle québécois en matière de conciliation travail-famille et d’égalité des chances.

Depuis leur création, les CPE se distinguent par :

  • Leur mission éducative centrée sur le développement global de l’enfant,
  • Leur enracinement communautaire,
  • Et leur contribution à l’économie du Québec en permettant à des milliers de parents, en particulier des femmes, d’intégrer le marché du travail.

Aujourd’hui, le réseau des CPE fait partie de l’identité sociale du Québec.

La naissance et le rôle de l’APCPE

Face à la complexité croissante des enjeux de gestion et de négociation, les directions de CPE de Montréal et Laval ont choisi de se regrouper au sein de l’Association patronale des CPE (APCPE).

La mission de l’APCPE est claire :

  • Représenter ses membres dans les négociations collectives,
  • Défendre leurs intérêts face aux partenaires syndicaux et institutionnels,
  • Offrir un soutien stratégique et opérationnel aux directions de CPE,
  • Et favoriser la professionnalisation et la reconnaissance du rôle patronal dans le réseau.

Avec plus de 70 CPE membres, l’APCPE Montréal–Laval est aujourd’hui un acteur incontournable du paysage des services éducatifs à l’enfance.

Un passé marqué par des négociations difficiles

Depuis des années, les négociations avec la centrale syndicale CSN et l’APCPE sont marquées par des conflits, des grèves et un recours quasi systématique à la conciliation. Les résultats finaux se traduisent souvent par des conventions collectives signées au statu quo, sans avancées significatives pour l’employeur, et parfois avec un goût amer pour les directions, les travailleuses, le syndicat et les parents.

Pourtant, entre mai 2024 et juillet 2025, un vent nouveau a soufflé. Une négociation régionale s’est conclue par une entente de principe historique : aucune grève, aucun recours à un conciliateur, et une approbation unanime des travailleuses. Même le syndicat a reconnu publiquement sur ses plateformes sociales le caractère exceptionnel de cette entente.

Cet article propose de revenir sur ce moment charnière, d’en analyser les facteurs de succès, et de réfléchir à ce qu’il annonce pour l’avenir des relations de travail dans les CPE du Québec.

Les paliers de négociation : comprendre le processus

Le processus de négociation dans le réseau des CPE se déploie sur deux niveaux :

  1. Le palier national

    • C’est à ce niveau que sont négociés les grands paramètres sectoriels, notamment les conditions salariales, les avantages sociaux et les dispositions majeures applicables à l’ensemble des CPE du Québec.
    • Ces négociations impliquent les associations patronales, les grandes centrales syndicales (comme la CSN), et le gouvernement.
  2. Le palier régional

    • Chaque région doit ensuite négocier l’application locale de ces ententes, en tenant compte des réalités spécifiques de ses CPE.
    • C’est à ce niveau que l’APCPE Montréal–Laval intervient directement pour représenter les intérêts de ses membres.

Ce système à deux niveaux explique pourquoi les négociations sont souvent longues et exigeantes : elles doivent concilier les grands principes nationaux avec les réalités régionales très diversifiées.

Les négociations dans le réseau des CPE ne sont jamais de simples discussions techniques. Elles touchent au cœur de l’équilibre entre la reconnaissance des travailleuses et la pérennité des services offerts aux familles.

Les moyens de pression comme « normalité »

Historiquement, chaque ronde de négociation se traduit par des journées de grève. Ces interruptions de service pèsent lourdement sur les parents, créent des tensions médiatiques, et usent le lien de confiance entre directions et équipes. Elles sont souvent perçues comme une étape inévitable, un passage obligé pour que le syndicat fasse entendre ses revendications.

Le rôle du conciliateur

Face à l’impasse, l’APCPE et le syndicat ont dû faire appel à un conciliateur. Bien que cet acteur apporte un cadre et des outils, sa présence symbolise aussi l’incapacité des parties à dialoguer directement et à bâtir la confiance.

Des résultats peu satisfaisants

Malgré les efforts, les ententes finales reflétaient trop souvent le statu quo. Peu de gains notables étaient réalisés du côté patronal, laissant un sentiment de frustration et de stagnation.

En somme, la dynamique passée ressemblait à un cercle vicieux : pressions, blocages, conciliation etc.

Pourquoi il fallait changer en 2024 ? Un nouveau contexte socio-économique

En 2024, le climat social était particulièrement tendu :

  • Pénurie de main-d’œuvre qualifiée;
  • Pressions budgétaires importantes pour les CPE;
  • Attentes accrues des parents pour la stabilité et la qualité des services;
  • Pression important sur les travailleuses;
  • Complexité des milieux;
  • Intégration des enfants à besoins particuliers;
  • etc.

La volonté de faire autrement

Face à ces réalités, l’APCPE Montréal–Laval a adopté une conviction claire : il n’était plus possible de répéter les schémas du passé. Les directions avaient besoin d’une négociation plus constructive et plus respectueuse des enjeux.

Une stratégie de négociation innovante

Préparation en profondeur

Dès le début, l’APCPE a mené une analyse des besoins et une consultation étroite des directions de CPE ainsi que de leur conseil d’administration. Cela a permis de définir des priorités claires : protéger la viabilité financière des CPE, reconnaître les travailleuses, assurer flexibilité et agilité dans les milieux et surtout préserver la mission éducative.

Dialogue plutôt que confrontation

L’approche retenue reposait sur trois piliers :

  1. Transparence : communication ouverte avec le syndicat;
  2. Respect : reconnaître la légitimité des demandes syndicales sans tomber dans la confrontation;
  3. Recherche de solutions gagnant-gagnant : éviter la logique du « perdant-gagnant » qui avait marqué les négociations précédentes.

Des rencontres régulières et constructives

Au lieu de longues périodes de silence suivies de crises, la négociation 2024-2025 s’est déroulée dans un rythme plus soutenu, permettant de désamorcer les tensions en continu. Nos discussions étaient respectueuses des enjeux de chacune des parties. Nous étions dans une véritable communication ouverte, bienveillante et dans l’ouverture.

Les grandes étapes de la négociation 2024-2025

  • Mai 2024 : début des rencontres officielles. Les deux parties mettent leurs priorités sur la table.
  • Automne 2024 : analyse des dépôts respectifs et mise en place d’un calendrier de négociation.
  • Hiver 2025 : rencontres de négociation raisonnées.
  • Juillet 2025 : signature d’une entente de principe qui surprend par son équilibre et son absence de tensions.

Les gains obtenus et leur portée pour les CPE et les directions

  • Modernisation de certains articles de la convention collective régionale.
  • Agilité dans les processus.
  • Introduction de mesures de flexibilité organisationnelle qui facilitent la gestion quotidienne.
  • Reconnaissance de certains enjeux patronaux.

Pour les travailleuses

  • Maintien d’acquis jugés essentiels.
  • Climat de négociation plus respectueux, sans pression inutile.

Pour les parents et les enfants

  • Aucune fermeture liée à des moyens de pression.
  • Un climat organisationnel plus serein qui se reflète dans la qualité des services éducatifs.

Réception et réactions

Le caractère historique de cette entente s’est illustré de plusieurs façons :

  • Les travailleuses ont voté en faveur de l’entente.
  • Le syndicat a publié sur sa page Facebook un message reconnaissant la collaboration exceptionnelle qui avait mené à ce résultat.
  • Les directions de CPE ont exprimé un soulagement et une satisfaction rarement observés après une négociation.

Pourquoi cette entente est historique ?

Trois éléments la distinguent :

  1. Aucun moyen de pression n’a été utilisé.
  2. Aucun conciliateur n’a été nécessaire.
  3. Une reconnaissance mutuelle du caractère équilibré de l’entente, jusque dans les communications syndicales.

C’est une première dans l’histoire des négociations régionales des CPE de Montréal–Laval.

Les leçons apprises - La préparation est la clé

Une analyse rigoureuse et une définition claire des priorités patronales ont permis d’entrer à la table de négociation avec une vision claire et cohérente des enjeux.

Comme à l’habitude, nous avons rencontré nos membres pour comprendre leurs enjeux face à l’application de la convention collective. Mais cette fois-ci, nous avons également invité les administrateurs des CA à se joindre à nous. 

Cette formule nous a permis de :

  • Créer des liens avec les administrateurs.
  • Faire connaître l’APCPE et son approche dans la négociation.
  • Comprendre la réalité des milieux membres de notre association.
  • Créer un canal de communication efficace.

Le dialogue constructif fonctionne

L’expérience démontre que respect et transparence peuvent remplacer la confrontation, sans sacrifier les résultats. Les deux parties ont fait preuve d’une réelle écoute et d’une compréhension des besoins. Ensemble, nous avons trouvé de nouvelles voies de passages jusqu’ici non explorées.

L’innovation relationnelle est possible

Cette négociation a prouvé qu’on pouvait sortir du cycle usé « pressions – blocage – conciliation ».

Et après ? Vers un nouveau modèle de relations de travail

L’entente 2025 n’est pas seulement une victoire ponctuelle : elle ouvre la voie à une nouvelle culture de négociation.

  • Pour les CPE : la preuve qu’il est possible d’obtenir des résultats sans passer par le conflit.
  • Pour les travailleuses : la reconnaissance que le dialogue peut protéger leurs acquis tout en respectant les besoins des employeurs.
  • Pour l’ensemble du réseau québécois : un modèle inspirant qui pourrait transformer la manière d’aborder les prochaines rondes de négociation.

L’entente 2025 : une démonstration de force et d’unité

L’entente historique conclue en juillet 2025 illustre concrètement la valeur de ce modèle de regroupement patronal. En choisissant de s’unir, les CPE de Montréal–Laval ont démontré qu’ils pouvaient obtenir une entente respectueuse, équilibrée et innovante dans une région pourtant reconnue comme étant parmi les plus difficiles à négocier.

Pourquoi rejoindre l’APCPE ?

Cette réussite envoie un message clair aux CPE qui ne sont pas encore membres de l’APCPE Montréal–Laval :

  • Être seul, c’est être vulnérable. Dans un contexte de négociation, une direction isolée a peu de poids face à une centrale syndicale organisée.
  • Être membre, c’est être plus fort. Le regroupement donne une voix collective, des ressources spécialisées et une expertise stratégique.
  • Être membre, c’est être mieux préparé. La réussite de 2025 prouve que l’APCPE est capable de mener ses membres vers des résultats historiques.
  • Être membre, c’est réduire les coûts : Négocier seul, peut coûter extrêmement cher à un CPE et réduire les enveloppes budgétaires dédiées à nos tout-petits.
  • Être membre, c’est avoir de l’expertise : Négocier une convention collective est un art. Il faut de l’expérience et des connaissances juridiques approfondies. À l’APCPE, nous avons des experts pour nous guider dans ce long processus.
  • Être membre, c’est plus que de la négo : L’APCPE offre à ces membres une gamme de services pour les soutenir dans la gestion de leurs ressources humaines et de leurs relations de travail.

L’expérience de 2025 démontre à quel point l’union patronale fait la force. Mais au-delà de cette entente historique, l’APCPE Montréal–Laval a également choisi d’élargir ses services afin de répondre encore mieux aux réalités diversifiées des CPE de la région.

  • CPE affiliés à la CSQ : bien que la majorité des négociations se fassent avec la CSN, l’APCPE a ouvert ses services aux CPE syndiqués avec la CSQ. Ces établissements profitent maintenant eux aussi d’un accompagnement spécialisé et d’une voix collective.
  • CPE non syndiqués : trop souvent laissés à eux-mêmes, ces CPE peuvent désormais compter sur l’APCPE pour ne plus être seuls face aux enjeux de gestion.

En d’autres mots, peu importe votre statut syndical, vous n’êtes plus seuls. L’APCPE est là pour vous représenter, vous soutenir et vous outiller.

Une invitation à rejoindre la force collective

En moins de trente ans, les CPE sont devenus un projet social unique au Québec. En moins de dix ans, l’APCPE Montréal–Laval est devenue une voix incontournable du réseau patronal, capable de transformer des négociations traditionnellement conflictuelles en ententes historiques.

Aujourd’hui, l’association franchit une nouvelle étape :

  • Ouvrir ses portes à tous les CPE de la région, qu’ils soient syndiqués CSN, CSQ ou non syndiqués.

Si vous dirigez un CPE et que vous n’êtes pas encore membre, c’est le moment de vous joindre à nous. Ensemble, nous sommes plus forts, mieux préparés et mieux représentés. En avant pour nos enfants!

Conclusion

L’entente de principe conclue en juillet 2025 marque un tournant historique pour les CPE de Montréal–Laval. Elle démontre qu’il est possible de sortir du cercle vicieux des négociations conflictuelles pour entrer dans une dynamique de collaboration et de respect mutuel.

En réussissant à conclure une convention collective sans grève, sans conciliateur et avec un appui unanime, l’APCPE Montréal–Laval et la CSN ont prouvé que l’innovation en relations de travail est non seulement souhaitable, mais réalisable.

Cet épisode restera gravé comme un exemple de leadership patronal, de maturité syndicale et d’espoir pour un avenir où les négociations ne seront plus synonymes de confrontation, mais de construction collective.

Pour en savoir plus sur l’APCPE, consultez notre site web : www.apcpe.ca

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